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Au regard de... - Bernard Forthomme, franciscain
L'empreinte de Dieu Des murs de briques patinées Dressent un air de forteresse Et de vaisseau fantôme C’est la chapelle Saint-François de la rue Marie-Rose A deux pas de la villa Seurat Et de la forêt vierge du Douanier Où Braque délivra ses couleurs fauves Chant rauque de terre cuite D’où sourd un rougeoiement de croisade albigeoise Au sang desséché L’abri d’une invincible Armada D’une immobile navire sans port d’attache Acharné à défendre les droits du corps Contre un esprit trop violent ou éthéré Une couleur évanescente L’excrétion de vaisseaux sentimenteurs Dénué de cales, De l’intériorité radicale Seule capable de fendre les flots du siècles Or voici que surgissent au détour des roses Et pelouses crénelées d’un jardin grand seigneur De ruelles d’artistes enchevêtrées, Ces hautes murailles Et ce campanile où les briques se révèlent Entre les ailes des ramiers et leurs roucoulements Peu à peu au sein des vastes pans De futaie d’argile Marquées par la suie des carburants Puisés aux confins des déserts d’Orient Raffinés par la suite des pollutions et du temps Çà et là des tesselles, illusions de Ravenne Ou des toits scintillants de Paris Ces abris de la vie ressaisie Ces pensées mûres pour le regard et la main Et ces respirations illimitées Ces compositions d’une steppe étrange A la verticale de nos malheurs Non à l’ombre glorieuse de l’édifice religieux Mais dès sa façade le tracé d’une présence Où le peintre ne s’oppose plus à l’architecte Car la vie extérieure trahit déjà le recueillement Visitons le ventre de la baleine Aussitôt la nef nous en livre les arêtes Nervures du vaste parchemin Ce dur feuilleté d’argile Ces compositions en briques Qui nous confirment la gueule Une façade évoquant un visage Non, un corps pétri Non la peau d’un corps parcheminé Non, une seule main immobile Léchée par la suie des luminaires Que voyons-nous de mystérieux sur ces murs L’origine de l’icône ? Non, le secret de la Main Une empreinte Le dessein d’un sceau Le pouce de Dieu. Le mur de brique de la chapelle Burinée C’est la peau basanée d’un Dieu nomade Les stries terreuses de ses doigts Scellant le destin de l’alliance C’est le pouce divin Les tesselles d’humble terre Rapiéçant la bure franciscaine D’un seul moule, sans être taillées Plus effacées que l’or céramique Eloignées du marbre insolent Aux formes d’une pureté tyrannique Voici l’empreinte de l’artisan ineffable L’amant de la pièce unique Le jaloux qui édifie la charpente de la visitation Du navire indomptable aux embruns en pleine terre Grand large au sein de la ville étriquée Et ce Port d’Orléans, plus modeste que le Royal Sans être la porte résiduelle Des fortifications éventrées de Paris Il nous ouvre ses arcades romaines Ses allures de ruines inventives Empreintes du futur Et ses mines de feuillets antiques Calligraphiés en ocre Oui, les briques témoignent ainsi composées Des traces de l’architecte infini et du rusé marin De l’immensité au sein d’un carré D’un rectangle de vieux peau-rouge D’un parallélépipède qui trace des lignes parallèles Avec l’horizon du nu bleu Doué d’une solidité passée au feu D’un sextuple visage Gardant secrète nombre de ses faces Ainsi que la peinture Derrière laquelle nulle ne peut se promener Sauf à s’en laisser visiter, modeler, espacer Miner aux tréfonds de vous Le mystère de l’arche Date de création : 29/05/2008 * 21:34 |
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