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François, artisan de Paix

L’annonce de la Paix 

                                                                               Pax et Bonum !

François d'Assise a vécu dans un siècle de violences. C’est le temps des conflits majeurs entre l’empereur du Saint-Empire et le Pape, le temps des guerres féodales, le temps des croisades, le temps de l’émancipation des communes, souvent par la force, et des rivalités des cités entre elles… François a été mêlé plus ou moins  à toutes ces querelles, et Il a eu dès sa jeunesse l’expérience de la guerre, de la captivité et de l’attrait des armes, mais sa conversion à l Évangile l’a amené à réviser ses relations avec autrui. C’est la rencontre d’un lépreux qui fut pour lui le déclic de ce retournement, comme il le rapporte lui-même dans son Testament.  A ce fils de marchand, riche et admiré qui rêvait de réussite et de promotion sociale, et qui pensait que la gloire militaire pourrait favoriser son  ascension, la vue de la misère et de la déchéance humaines, lui étaient insupportable, spécialement celle des lépreux ; mais « le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je leur fis miséricorde. Et, au retour, ce qui m’avait semblé si amer, s’était changé pour moi en douceur de l’âme et du corps. Après quoi, j’attendis peu et je sortis du siècle. »

Cette conversion au Christ et aux valeurs de l’Évangile lui firent méditer le Sermon sur la montagne et sur les Béatitudes qui l’inaugurent : la pauvreté fut pour lui la première urgence mais il avait déjà expérimenté que la richesse des uns face à  la pauvreté des autres était une des principales causes des conflits et des guerres.  « Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés fils de Dieu » ; la volonté de faire la paix découlait donc de son expérience de la richesse et de la pauvreté, mais aussi de son expérience de la paternité de Dieu qui situait tous les hommes comme les frères les  uns des autres. Quand des compagnons vinrent partager sa vie, François leur proposa tout naturellement de vivre en frères, confiants dans la bonté du Père, se comportant entre  eux et avec les autres comme les frères d’un même Père.  Il va expérimenter peu à peu la fraternité entre tous les hommes, voulue par Dieu créateur qui les a créés tous à son image et ressemblance, comme les frères d’une même famille. Cette vie fraternelle avec tous doit d’abord être vécue au sein de la fraternité franciscaine : les Frères doivent se conduire entre eux comme les frères d’une même famille. Ainsi « Il voulait que règne l’union entre grands et petits, que savants et simples communient à la même fraternelle affection, que la puissance de l’amour rapproche ceux que séparait la distance...» (2 Cel. 191). Et dans la 1è Règle, il écrit : « Aucun frère n’aura, surtout sur ses compagnons, aucun pouvoir de domination. Comme dit le Seigneur dans l’Evangile, les princes des nations leur commandent et les grands des peuples exercent leur pouvoir ; il n’en sera pas de même entre les frères...(5, 12).... On ne donnera à aucun frère le titre de prieur, mais à tous indistinctement, celui de frères mineurs. Ils se laveront les pieds les uns aux autres...» (6, 3)assise-1986.jpg

Enfin, tous les hommes doivent être abordés comme des frères ; riches ou pauvres, amis ou ennemis, bienfaiteurs ou bandits des grands chemins, chrétiens ou infidèles. (1 R 7, 13). Même par rapport aux prêtres pécheurs, souvent vilipendés par les mouvements évangéliques et plus ou moins révolutionnaires de ce temps, François quant à lui adopte une attitude de compassion et de miséricorde, et de plus il conserve la foi en l’action du Christ sacramentalisée  par le ministère des prêtres. Les récits de la vie de François abondent sur ce thème de la rencontre bienveillante de quiconque. Cette fraternité sans exclusive s’est vérifiée concrètement dans la rencontre des infidèles, abordés eux-aussi comme des frères, avec courtoisie et respect.

 La fraternité universelle dont il rêve s’accompagne du désir d’apporter la paix à tous, et c’est bien le sens du salut qu’il apprit aux frères à employer envers toute personne rencontrée sur son chemin. “Que le Seigneur te donne sa Paix !” :

Pour saluer, le Seigneur m’a révélé que nous devions dire : Que le Seigneur vous donne sa paix ! Cette paix, il la souhaitait toujours avec conviction aux hommes et aux femmes et à tous ceux qu’il rencontrait sur son chemin...”(1 Cel 23). Et il ajoutait, dans son enseignement : “Cette paix que vos bouches proclament, il vous faut d’abord et bien d’avantage l’avoir en vos cœurs : ainsi vous ne serez pour personne occasion de rancœur ou de chute. Tout au contraire, votre paix et votre délicatesse ramèneront la paix et la tolérance parmi les hommes. Car c’est là notre vocation” (An.¨P.38c).

Remarquons que pour François, la paix n’est pas une utopie, ni un idéalisme, mais bien une réalité quotidienne, car “faire la paix” se vit chaque jour, et même François y voit l’une des conséquences du choix de la pauvreté évangélique : ainsi il répondait à l’évêque d’Assise qui s’inquiétait du radicalisme de la pauvreté des Frères : "Monseigneur, si nous avions des propriétés, il nous faudrait aussi des armes pour les défendre, car elles sont sources d’interminables querelles et procès. Et tout cela n’est qu’entrave à l’amour de Dieu et du prochain. Voilà pourquoi nous ne voulons d’aucuns biens matériels en ce monde.” (An.P. 17d).

Le prédicateur de la Paix

Par ailleurs, François ne s’est pas contenté d’inviter ses frères à garder la paix, mais il s’est fait lui-même un prédicateur de la paix et est intervenu, avec plus ou moins de succès dans les conflits de son temps.

En 1217, il part en Orient, au temps de la 5è croisade, et se retrouve à Damiette, dans le camp des Croisés qui viennent de reprendre cette ville.  Il ne reste pas parmi eux, mais franchit les lignes et se porte en pays musulman, parmi les ennemis des occidentaux. Il parvint à rencontrer le sultan.

Cette rencontre avec le Sultan est un geste significatif de paix, en pleine violence guerrière, alors que les esprits semblaient si opposés à une telle démarche. Il faut se souvenir qu’au siècle précédent, le doux Bernard de Clairvaux, prédicateur de la Croisade et conseiller spirituel de la fondation des Templiers écrivait à ceux-ci que leur milice devait obtenir, au besoin par les armes, la conversion des musulmans : “s’ils refusent de se convertir, alors il faudra les exterminer !”.soldan.jpg

Pour François, au contraire, le Sultan n’est pas d’abord un ennemi mais un frère qui a droit à entendre les paroles de l’Évangile. Sans doute il nous est difficile de lire à travers les textes, qui sont surtout des panégyriques, quel fut le résultat de cette prédication. À en croire les différentes sources, et surtout le récit de Bonaventure qui dit tenir ses renseignements du frère Illuminé, le compagnon de François en cette aventure, le Sultan Melek-el-Kamil, non seulement aurait reçu François avec quelques égards, admirant son courage et sa courtoisie, mais il aurait exprimé un désir de foi, une possible conversion intérieure. Cela n’est guère vraisemblable. Mais ce qui importe, c’est le changement qui s’en est suivi chez les chrétiens, à commencer par les Frères Mineurs, persuadés, désormais qu’il valait mieux évangéliser que combattre par les armes.

Nous connaissons d’autres interventions de François pour rétablir la paix, en particulier dans les villes italiennes en proie à des conflits sociaux entre riches et pauvres, créanciers et débiteurs, “majores” et “minores”.  Jusqu’à la fin du XIIIe siècle, des frères mendiants, mineurs et prêcheurs s’efforceront d’obtenir, dans les cités et les communes, des pactes de modération réciproque, voir de remises de dettes pour les plus pauvres. La plus célèbre de ces interventions fut celle d’Antoine de Padoue qui, en 1231 (5 ans après la mort de François), obtint du Podestat de la ville une charte interdisant la contrainte par corps pour les débiteurs insolvables (nous en possédons encore le texte). François lui-même intervint en ce sens dans les villes d’Assise et d’Arezzo. Thomas de Celano, dans le mémorial nous rapporte un épisode concernant cette ville d’Arezzo d’où François chassa les démons de la discorde (2 Cel, c.74, n°108).- 

Ses premiers biographes remarquent que là où il passait, les conflits s’éteignaient et les gens se reconnaissaient comme frères.

Un archidiacre de Spalato, prêtre séculier, se rappelait qu’étant étudiant à Bologne, il avait entendu François prêcher : “...Il parla si bien et avec tant de solide clarté que les développements de cet illettré plongèrent dans une admiration sans borne même les savants de son auditoire. Ses discours pourtant ne relevaient pas du grand genre de l’éloquence sacrée : c’étaient plutôt des harangues. En réalité, il parla pendant tout son discours du devoir d’éteindre les haines et de conclure un nouveau traité de paix..., Dieu conféra tant de pouvoir à ses paroles qu’elles ramenèrent la paix dans maintes familles seigneuriales déchirées jusque là par de vieilles haines, cruelles et furieuses jusqu’à l’assassinat...”(cf Totum, p. 1345)

C’est ce pouvoir quasi-miraculeux d’apaiser les querelles et de ramener la paix qui frappait les foules et assit sa réputation d’artisan de paix.

L’un des derniers actes de sa vie va bien dans ce sens. L’évêque et le podestat d’Assise étaient fâchés depuis longtemps dans un conflit sans issue. De son lit d’agonie, quelques jours avant sa mort, François ajouta une strophe à son Cantique des créatures et envoya deux de ses compagnons la chanter aux deux chefs de la cité, qui par amour pour François se réconcilièrent illico. Pardonnent-250-570.jpgLoué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi, pour ceux qui supportent épreuves et maladies, heureux s’ils conservent la paix ! Par toi, Très-Haut, ils seront couronnés ! (Leg. Pérouse 44)

Lorsque le 26 juin 1946, après la deuxième guerre mondiale, le sénateur américain Tom Connaly présenta la charte de l’O.N.U inaugurant cet organisme voué à la paix dans le monde par le dialogue entre les nations, dans la ville de San Francisco (fondée au XVIIIe siècle. par les missionnaires franciscains), il souligna, dit-on, cette coïncidence et évoqua la mémoire du petit pauvre d’Assise, en récitant la “prière pour la paix”, qui lui est attribuée, pour inviter les hommes à faire enfin la paix après le conflit le plus violent et le plus meurtrier de l’histoire des hommes. (cf.  Christian Renoux, La prière pour la paix attribuée à François d’Assise, EF, 2001)

La paix en Dieu

Le péché a introduit dans le monde la racine de tous les conflits entre les créatures, mais surtout il a rompu l'alliance originelle d'Adam avec son Créateur. Conscient de ses fautes, l'homme redoute le châtiment divin et se fait une image redoutable d'un Dieu animé par la colère. L'Apôtre Paul, dans l'épître aux Romains, rappelle au chrétien, que l'amour bienveillant du Père s'est manifesté dans l'envoi de son Fils bien-aimé : "alors que nous étions encore pécheurs, c'est alors que le Christ est venu..."(Rm 5,5). Il n'y a donc plus lieu de redouter la colère divine, mais il convient de vivre désormais dans l'action de grâce pour le pardon obtenu dans la bienveillance divine, signifiée par la Passion de Jésus. François qui contemple sans cesse l'amour manifesté par la Passion et qui porte en son cœur la compassion de Jésus pour les pécheurs, voudrait que tous les hommes entendent ce message d'espérance.

Saint Bonaventure, disciple de François aspire de tout son être à connaître la Paix en Dieu. C'est aussi le terme de "l'itinéraire de l'âme", lorsque étant parvenue à saisir, avec François, l’amour rédempteur signifié par la Croix du Christ, l’âme peut enfin accéder à la contemplation des mystères divins, et se reposer, en silence, dans l’union aux Personnes divines.

Conclusion

J’emprunte ma conclusion à un article de Gérard Guitton dans Évangile Aujourd’hui

« …François d'Assise n'est plus de ce monde. Et pourtant son esprit est plus vivant que jamais. Quand les hommes désirent se rapprocher et vivre un peu plus comme des frères, c'est à François d’Assise qu'ils se réfèrent….

Quand le pape Jean-Paul Il lance un appel solennel et propose un rassemblement mondial de prière pour la paix, c'est à Assise qu'il convoque tous les responsables religieux: le 27 octobre 1986…. Et pourquoi à Assise? Il le disait déjà en 1986: «Assise, lieu que la figure séraphique de saint François a transformé en un centre de fraternité universelle». ..

Nous disions en commençant: saint François a connu les massacres de la croisade mais n'a pas connu les horreurs des deux guerres mondiales, il n'a pas assisté à la chute dramatique des «Twin Towers» de New York. Qu'aurait-il dit alors, qu'aurait-il fait? Prêcher encore la fraternité universelle? Ou tout simplement faire ce qu'ont fait ses frères de là-bas, tel ce franciscain aumônier des pompiers de la ville de New-York, le frère Mychal Judge, qui fut l'une des premières victimes après l'accident en même temps que des centaines de pompiers… »

Nous retiendrons, pour terminer, la confidence du pape François au moment de son  élection : 

« …Ensuite, en pensant aux pauvres, j'ai pensé à Saint François d'Assise. Puis j'ai pensé aux guerres pendant que le scrutin montait, jusqu'à la fin de tous les votes. Et François est l'homme de la paix. Et c'est ainsi que m'est venu le nom de François dans mon cœur, François d'Assise. L'homme de la pauvreté, l'homme de la paix, l'homme qui aime… »

                                                                                                                  Fr Luc MATHIEU,  ofm

                                                                                                                   Paris 16 mai 2013

François, artisan de Paix

L’annonce de la Paix 

                                                                               Pax et Bonum !

François d'Assise a vécu dans un siècle de violences. C’est le temps des conflits majeurs entre l’empereur du Saint-Empire et le Pape, le temps des guerres féodales, le temps des croisades, le temps de l’émancipation des communes, souvent par la force, et des rivalités des cités entre elles… François a été mêlé plus ou moins  à toutes ces querelles, et Il a eu dès sa jeunesse l’expérience de la guerre, de la captivité et de l’attrait des armes, mais sa conversion à l Évangile l’a amené à réviser ses relations avec autrui. C’est la rencontre d’un lépreux qui fut pour lui le déclic de ce retournement, comme il le rapporte lui-même dans son Testament.  A ce fils de marchand, riche et admiré qui rêvait de réussite et de promotion sociale, et qui pensait que la gloire militaire pourrait favoriser son  ascension, la vue de la misère et de la déchéance humaines, lui étaient insupportable, spécialement celle des lépreux ; mais « le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je leur fis miséricorde. Et, au retour, ce qui m’avait semblé si amer, s’était changé pour moi en douceur de l’âme et du corps. Après quoi, j’attendis peu et je sortis du siècle. »

Cette conversion au Christ et aux valeurs de l’Évangile lui firent méditer le Sermon sur la montagne et sur les Béatitudes qui l’inaugurent : la pauvreté fut pour lui la première urgence mais il avait déjà expérimenté que la richesse des uns face à  la pauvreté des autres était une des principales causes des conflits et des guerres.  « Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés fils de Dieu » ; la volonté de faire la paix découlait donc de son expérience de la richesse et de la pauvreté, mais aussi de son expérience de la paternité de Dieu qui situait tous les hommes comme les frères les  uns des autres. Quand des compagnons vinrent partager sa vie, François leur proposa tout naturellement de vivre en frères, confiants dans la bonté du Père, se comportant entre  eux et avec les autres comme les frères d’un même Père.  Il va expérimenter peu à peu la fraternité entre tous les hommes, voulue par Dieu créateur qui les a créés tous à son image et ressemblance, comme les frères d’une même famille. Cette vie fraternelle avec tous doit d’abord être vécue au sein de la fraternité franciscaine : les Frères doivent se conduire entre eux comme les frères d’une même famille. Ainsi « Il voulait que règne l’union entre grands et petits, que savants et simples communient à la même fraternelle affection, que la puissance de l’amour rapproche ceux que séparait la distance...» (2 Cel. 191). Et dans la 1è Règle, il écrit : « Aucun frère n’aura, surtout sur ses compagnons, aucun pouvoir de domination. Comme dit le Seigneur dans l’Evangile, les princes des nations leur commandent et les grands des peuples exercent leur pouvoir ; il n’en sera pas de même entre les frères...(5, 12).... On ne donnera à aucun frère le titre de prieur, mais à tous indistinctement, celui de frères mineurs. Ils se laveront les pieds les uns aux autres...» (6, 3)assise-1986.jpg

Enfin, tous les hommes doivent être abordés comme des frères ; riches ou pauvres, amis ou ennemis, bienfaiteurs ou bandits des grands chemins, chrétiens ou infidèles. (1 R 7, 13). Même par rapport aux prêtres pécheurs, souvent vilipendés par les mouvements évangéliques et plus ou moins révolutionnaires de ce temps, François quant à lui adopte une attitude de compassion et de miséricorde, et de plus il conserve la foi en l’action du Christ sacramentalisée  par le ministère des prêtres. Les récits de la vie de François abondent sur ce thème de la rencontre bienveillante de quiconque. Cette fraternité sans exclusive s’est vérifiée concrètement dans la rencontre des infidèles, abordés eux-aussi comme des frères, avec courtoisie et respect.

 La fraternité universelle dont il rêve s’accompagne du désir d’apporter la paix à tous, et c’est bien le sens du salut qu’il apprit aux frères à employer envers toute personne rencontrée sur son chemin. “Que le Seigneur te donne sa Paix !” :

Pour saluer, le Seigneur m’a révélé que nous devions dire : Que le Seigneur vous donne sa paix ! Cette paix, il la souhaitait toujours avec conviction aux hommes et aux femmes et à tous ceux qu’il rencontrait sur son chemin...”(1 Cel 23). Et il ajoutait, dans son enseignement : “Cette paix que vos bouches proclament, il vous faut d’abord et bien d’avantage l’avoir en vos cœurs : ainsi vous ne serez pour personne occasion de rancœur ou de chute. Tout au contraire, votre paix et votre délicatesse ramèneront la paix et la tolérance parmi les hommes. Car c’est là notre vocation” (An.¨P.38c).

Remarquons que pour François, la paix n’est pas une utopie, ni un idéalisme, mais bien une réalité quotidienne, car “faire la paix” se vit chaque jour, et même François y voit l’une des conséquences du choix de la pauvreté évangélique : ainsi il répondait à l’évêque d’Assise qui s’inquiétait du radicalisme de la pauvreté des Frères : "Monseigneur, si nous avions des propriétés, il nous faudrait aussi des armes pour les défendre, car elles sont sources d’interminables querelles et procès. Et tout cela n’est qu’entrave à l’amour de Dieu et du prochain. Voilà pourquoi nous ne voulons d’aucuns biens matériels en ce monde.” (An.P. 17d).

Le prédicateur de la Paix

Par ailleurs, François ne s’est pas contenté d’inviter ses frères à garder la paix, mais il s’est fait lui-même un prédicateur de la paix et est intervenu, avec plus ou moins de succès dans les conflits de son temps.

En 1217, il part en Orient, au temps de la 5è croisade, et se retrouve à Damiette, dans le camp des Croisés qui viennent de reprendre cette ville.  Il ne reste pas parmi eux, mais franchit les lignes et se porte en pays musulman, parmi les ennemis des occidentaux. Il parvint à rencontrer le sultan.

Cette rencontre avec le Sultan est un geste significatif de paix, en pleine violence guerrière, alors que les esprits semblaient si opposés à une telle démarche. Il faut se souvenir qu’au siècle précédent, le doux Bernard de Clairvaux, prédicateur de la Croisade et conseiller spirituel de la fondation des Templiers écrivait à ceux-ci que leur milice devait obtenir, au besoin par les armes, la conversion des musulmans : “s’ils refusent de se convertir, alors il faudra les exterminer !”.soldan.jpg

Pour François, au contraire, le Sultan n’est pas d’abord un ennemi mais un frère qui a droit à entendre les paroles de l’Évangile. Sans doute il nous est difficile de lire à travers les textes, qui sont surtout des panégyriques, quel fut le résultat de cette prédication. À en croire les différentes sources, et surtout le récit de Bonaventure qui dit tenir ses renseignements du frère Illuminé, le compagnon de François en cette aventure, le Sultan Melek-el-Kamil, non seulement aurait reçu François avec quelques égards, admirant son courage et sa courtoisie, mais il aurait exprimé un désir de foi, une possible conversion intérieure. Cela n’est guère vraisemblable. Mais ce qui importe, c’est le changement qui s’en est suivi chez les chrétiens, à commencer par les Frères Mineurs, persuadés, désormais qu’il valait mieux évangéliser que combattre par les armes.

Nous connaissons d’autres interventions de François pour rétablir la paix, en particulier dans les villes italiennes en proie à des conflits sociaux entre riches et pauvres, créanciers et débiteurs, “majores” et “minores”.  Jusqu’à la fin du XIIIe siècle, des frères mendiants, mineurs et prêcheurs s’efforceront d’obtenir, dans les cités et les communes, des pactes de modération réciproque, voir de remises de dettes pour les plus pauvres. La plus célèbre de ces interventions fut celle d’Antoine de Padoue qui, en 1231 (5 ans après la mort de François), obtint du Podestat de la ville une charte interdisant la contrainte par corps pour les débiteurs insolvables (nous en possédons encore le texte). François lui-même intervint en ce sens dans les villes d’Assise et d’Arezzo. Thomas de Celano, dans le mémorial nous rapporte un épisode concernant cette ville d’Arezzo d’où François chassa les démons de la discorde (2 Cel, c.74, n°108).- 

Ses premiers biographes remarquent que là où il passait, les conflits s’éteignaient et les gens se reconnaissaient comme frères.

Un archidiacre de Spalato, prêtre séculier, se rappelait qu’étant étudiant à Bologne, il avait entendu François prêcher : “...Il parla si bien et avec tant de solide clarté que les développements de cet illettré plongèrent dans une admiration sans borne même les savants de son auditoire. Ses discours pourtant ne relevaient pas du grand genre de l’éloquence sacrée : c’étaient plutôt des harangues. En réalité, il parla pendant tout son discours du devoir d’éteindre les haines et de conclure un nouveau traité de paix..., Dieu conféra tant de pouvoir à ses paroles qu’elles ramenèrent la paix dans maintes familles seigneuriales déchirées jusque là par de vieilles haines, cruelles et furieuses jusqu’à l’assassinat...”(cf Totum, p. 1345)

C’est ce pouvoir quasi-miraculeux d’apaiser les querelles et de ramener la paix qui frappait les foules et assit sa réputation d’artisan de paix.

L’un des derniers actes de sa vie va bien dans ce sens. L’évêque et le podestat d’Assise étaient fâchés depuis longtemps dans un conflit sans issue. De son lit d’agonie, quelques jours avant sa mort, François ajouta une strophe à son Cantique des créatures et envoya deux de ses compagnons la chanter aux deux chefs de la cité, qui par amour pour François se réconcilièrent illico. Pardonnent-250-570.jpgLoué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi, pour ceux qui supportent épreuves et maladies, heureux s’ils conservent la paix ! Par toi, Très-Haut, ils seront couronnés ! (Leg. Pérouse 44)

Lorsque le 26 juin 1946, après la deuxième guerre mondiale, le sénateur américain Tom Connaly présenta la charte de l’O.N.U inaugurant cet organisme voué à la paix dans le monde par le dialogue entre les nations, dans la ville de San Francisco (fondée au XVIIIe siècle. par les missionnaires franciscains), il souligna, dit-on, cette coïncidence et évoqua la mémoire du petit pauvre d’Assise, en récitant la “prière pour la paix”, qui lui est attribuée, pour inviter les hommes à faire enfin la paix après le conflit le plus violent et le plus meurtrier de l’histoire des hommes. (cf.  Christian Renoux, La prière pour la paix attribuée à François d’Assise, EF, 2001)

La paix en Dieu

Le péché a introduit dans le monde la racine de tous les conflits entre les créatures, mais surtout il a rompu l'alliance originelle d'Adam avec son Créateur. Conscient de ses fautes, l'homme redoute le châtiment divin et se fait une image redoutable d'un Dieu animé par la colère. L'Apôtre Paul, dans l'épître aux Romains, rappelle au chrétien, que l'amour bienveillant du Père s'est manifesté dans l'envoi de son Fils bien-aimé : "alors que nous étions encore pécheurs, c'est alors que le Christ est venu..."(Rm 5,5). Il n'y a donc plus lieu de redouter la colère divine, mais il convient de vivre désormais dans l'action de grâce pour le pardon obtenu dans la bienveillance divine, signifiée par la Passion de Jésus. François qui contemple sans cesse l'amour manifesté par la Passion et qui porte en son cœur la compassion de Jésus pour les pécheurs, voudrait que tous les hommes entendent ce message d'espérance.

Saint Bonaventure, disciple de François aspire de tout son être à connaître la Paix en Dieu. C'est aussi le terme de "l'itinéraire de l'âme", lorsque étant parvenue à saisir, avec François, l’amour rédempteur signifié par la Croix du Christ, l’âme peut enfin accéder à la contemplation des mystères divins, et se reposer, en silence, dans l’union aux Personnes divines.

Conclusion

J’emprunte ma conclusion à un article de Gérard Guitton dans Évangile Aujourd’hui

« …François d'Assise n'est plus de ce monde. Et pourtant son esprit est plus vivant que jamais. Quand les hommes désirent se rapprocher et vivre un peu plus comme des frères, c'est à François d’Assise qu'ils se réfèrent….

Quand le pape Jean-Paul Il lance un appel solennel et propose un rassemblement mondial de prière pour la paix, c'est à Assise qu'il convoque tous les responsables religieux: le 27 octobre 1986…. Et pourquoi à Assise? Il le disait déjà en 1986: «Assise, lieu que la figure séraphique de saint François a transformé en un centre de fraternité universelle». ..

Nous disions en commençant: saint François a connu les massacres de la croisade mais n'a pas connu les horreurs des deux guerres mondiales, il n'a pas assisté à la chute dramatique des «Twin Towers» de New York. Qu'aurait-il dit alors, qu'aurait-il fait? Prêcher encore la fraternité universelle? Ou tout simplement faire ce qu'ont fait ses frères de là-bas, tel ce franciscain aumônier des pompiers de la ville de New-York, le frère Mychal Judge, qui fut l'une des premières victimes après l'accident en même temps que des centaines de pompiers… »

Nous retiendrons, pour terminer, la confidence du pape François au moment de son  élection : 

« …Ensuite, en pensant aux pauvres, j'ai pensé à Saint François d'Assise. Puis j'ai pensé aux guerres pendant que le scrutin montait, jusqu'à la fin de tous les votes. Et François est l'homme de la paix. Et c'est ainsi que m'est venu le nom de François dans mon cœur, François d'Assise. L'homme de la pauvreté, l'homme de la paix, l'homme qui aime… »

                                                                                                                  Fr Luc MATHIEU,  ofm

                                                                                                                   Paris 16 mai 2013

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Date de création : 19/11/2015 * 22:45
Catégorie : Thèmes spirituels - La Paix
Page lue 3918 fois

Thèmes spirituels
Renseignements

Pour nous joindre :
7 rue Marie-Rose 75014 PARIS
téléphone : 01 40 52 12 70
télécopie : 01 40 52 12 90
accueil@franciscains-paris.org

La porterie est ouverte
de 8 h 45 à 11 h 45 et
de 14 h 30 à 18 h 30

(sauf le dimanche)

La chapelle est ouverte
de 7 h 30 à 12 h 30
de 14 h 45 à 19 h 30.

  8 h : Laudes (dim. 8 h 45)
12 h : messe communautaire
18 h 30 : prière silencieuse
19 h : vêpres
DIMANCHE messe à 10 h 30

location des salles

Descriptif

Salle Duns Scot

80 m2, jusqu'à 40 personnes. Une salle agréable, d'accès immédiat puisque située au rez-de-chaussée.

Petites salles de réunion

Egalement au rez-de-chaussée, 4 petites salles conviviales pour 4 à 8 personnes.

Salle Saint-Antoine de Padoue

de 100 à 300 m2, avec une scène (jusqu'à 200 places).

Une salle moderne, en sous-sol, avec une vaste scène, un rideau électrique. Une puissante sono, avec micros fixes et sans-fil. Connection internet haut-débit, vidéo-projecteur. L'éclairage permet de diviser la salle en différentes zones, et distingue la scène de la salle. Une salle donc spécialement adaptée aux conférences.

Réservations :

Toutes les réservations se font par écrit après accord du frère responsable,

pour tout contact : salles@franciscains-paris.org

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